Calendrier Découvertes Nature 2017

Le putois

Le Putois (Mustela putorius)

Encore localement abondantes en France, les populations de putois subissent cependant, depuis 1950 environ, un déclin général dont nous ignorons actuellement les causes précises.
Bien qu’acquises essentiellement en conditions de captivité les connaissances que nous avons aujourd’hui de l’espèce devraient permettre d’engager plus efficacement des recherches orientées vers la dynamique des populations dont la carence actuelle laisse libre cours à la multiplication des hypothèses explicatives du déclin constaté.

Systématique
Bien que cette distinction fut et reste discuté, on admet actuellement l’existence de 3 espèces de Putois :

Le Putois d’Europe (Mustela putorius),
Le Putois d’Eversmann (Mustela evermanni) ou Putois des steppes,
Le Putois à pieds noirs (Mustela nigripes) exclusivement sur le continent américain.

De même, nous ne citerons pour le Putois d’Europe que la distinction de 3 sous-espèces telles que proposées par Barret-Hamilton (1904), Miller (1912) et Hepner et Naumov (1974)
Il s’agit de :

M. p. putorius , cantonné dans le nord de l’Europe
M. p. aureola,
province de Coruna (Espagne)
M. p. manium , Appenzell (Suisse)

Le Furet (M. putorius furo) est une forme albinos du Putois dont l’origine, très discutée, est tantôt liée au Putois d’Europe, tantôt au Putois d’Eversmann.

Répartition
L’aire géographique du Putois couvre presque toute l’Europe, exception faite des îles méditerranéennes, de la péninsule balkanique et de l’Irlande. L’espèce n’occupe actuellement que la partie sud de l’Europe septentrionale et a presque disparu de Grande Bretagne où on ne la rencontre actuellement qu’au Pays de Galles. En France, sa répartition est régulière au nord de la Loire, plus aléatoire dans la moitié Sud où elle est apparemment localisée aux milieux humides. En montagne, elle se rencontre jusqu’à 2000 m. (SAINT GIRONS 1973).

Morphologie et anatomie
Le Putois d’Europe est doté d’un corps allongé et cylindrique. Les pattes courtes, portent de longs doigts munis de longues griffes, courbes, non rétractiles pour les postérieures, partiellement rétractiles pour les antérieures. La tête est petite et carrée. Le crâne est ramassé, légèrement rétréci en arrière des orbites ? Il n’atteint sa taille définitive que vers l’âge de 3 ans. Les yeux sont vifs, l’iris marron foncé, les oreilles petites. Les vibrisses faciales sont longues. La fourrure est lisse, dense et soyeuse et la queue bien fournie.
Le dimorphisme sexuel est toujours accusé :

la poids des mâles est en moyenne égal au double de celui des femelles et compris entre 720 à 1560 gr pour la France (Touraine),

La longueur corporelle des mâles est en moyenne de 15 % supérieure à celle des femelles chez les adultes et comprise entre 380 et 450 mm pour la France (Touraine).

Les femelles atteignent cependant leur taille adulte plus rapidement que les mâles et possèdent une musculature proportionnellement plus développée, en particulier en ce qui concerne les muscles jouant un rôle dans les différentes séquences de capture, de mises à mort, de dépeçage et de consommation des proies.
 
Pelage
La couleur du pelage est un des traits caractéristiques du Putois. Contrairement aux autres mustélidés, elle est plus foncée sur le ventre que sur le dos, avec des variations assez importantes d’un individu à l’autre. D’une manière générale, la partie supérieure du corps est d’un brun-noirâtre brillant qui vire au châtain. Celui des flancs est plus pâle car le duvet blanc-jaunâtre y est visible. La fourrure ventrale est presque noire, la queue est foncée. Le museau, les sourcils et l’extrémité des oreilles sont de couleur blanche et contraste avec le fond brun. Ce « masque » constitue, tout particulièrement chez le Furet, un critère de distinction individuel (Moors et Lavers, 1981).
Le poil de bourre étant beaucoup plus clair que le poil de jarre, la teinte du Putois varie d’une saison à l’autre : la bourre épaisse et longue en hiver, éclaircissant naturellement la teinte générale de la fourrure.

Reproduction

Cycle
Il semblerait que le climat et la latitude peuvent affecter l’époque et la durée de la saison de reproduction (Walton, 1976), ce qui serait cohérent avec le fait admis par de nombreux auteurs que le déterminisme de l’activité sexuelle soit lié pour les 2 sexes à la durée d’éclairement journalier (photopériode).
Bien que pouvant débuter au plus tôt en février et se terminer en août, l’époque normale de rut se situe normalement en Europe entre mars et avril.

Caractéristiques de la reproduction
Les mâles atteignent leur maturité sexuelle à l’âge de 10 à 11 mois, bien que certains individus ne se reproduisent qu’à 22-23 mois pour la première fois (DANILOV ET Rusakov, 1969), l’accession à la reproduction pouvant être sous la dépendance du climat, de la densité de population ou de phénomènes comportementaux. Les femelles se reproduisent dès l’âge de 10 mois.
Les mâles sont polygames et tentent de s’accoupler avec toutes les femelles quelle que soit leur reproductivité (Poole, 1967). Ce sont elles en conséquence qui opèrent le choix. Non réceptives, elles se défendent des attaques du mâle qui renonce finalement à s’accoupler (Sokolov et Rozhnov, 1983). Réceptives, ce sont elles qui attaquent le mâle si celui-ci est peu disposé à copuler (Poole, 1967)
Pendant l’accouplement, qui dure souvent plus d’une heure (Crump, 1980), le mâle immobilise la femelle en la saisissant à la nuque. Cette prise au cou, nécessaire au déroulement normal de l’accouplement, est apprise au cours des jeux qui précèdent l’émancipation des jeunes (Eibl-Eibesfeldt, 1963 et Diener, 1985).
L’ovulation survient 30 à 40 heures après l’accouplement. Les naissances ont lieu en mai et juin au terme de 40 à 42 jours. Après l’allaitement qui dure normalement de 5 à 6 semaines, les femelles entrent de nouveau en oestrus (Rust et Schackelford, 1969) et peuvent donner naissance à une seconde portée à condition toutefois que les jeunes soient retirés à leur mères, et disparaissent précocement ou soient sevrés rapidement (les jeunes consomment de la nourriture carnée dès la 3ème semaine) (Lagerkvist, 1982).
L’effectif des portées varie de 1 à 12 jeunes mais 4 à 8 survivent en moyenne au moment du sevrage. Le sexe ratio semble déséquilibré en faveur des mâles dans un rapport qui peut-être important (94/57 d’après Hensel, 1881)

Eco éthologie

Alimentation
Le régime alimentaire du Putois est comparable à celui d’autres Mustélidés, très diversifié dans le temps.
En règle générale les mammifères sont les principales proies de ce prédateur. Les rongeurs sont systématiquement au menu (8 à 99 %), les campagnols, souris et surmulots étant les taxons les plus consommés. Les rats musqués ne le sont qu’accidentellement. Les amphibiens (0 à 31 %), les oiseaux (0 à 27 %) et les lagomorphes (0 à 29 %) sont consommés régulièrement mais de façon saisonnière. Les musaraignes (0 à 6 %) et les poissons (0 à 11 %) ne constituent que des proies occasionnelles.

Techniques de chasse
Le comportement de chasse du Putois est du type couramment désigné sous le vocable de « recherche active ». Il se traduit par des « quêtes » effectuées par l’animal jusqu’à la rencontre d’une proie. Au cours de cette prospection le Putois reste le plus souvent caché sous la végétation et ne s’en éloigne que de courts instants (Braakhekka, 1979).
En dépit du rôle probablement important des fonctions visuelles et acoustiques, c’est essentiellement par l’odorat que le Putois détecte et sélectionne ses proies. Celles-ci sont emportées dans le gîte le plus proche et sont stockées ou mangées immédiatement.

Conclusions

L’utilisation du milieu
Le Putois d’Europe semble s’être adapté à la majorité des milieux rencontrés sous nos climats. Aussi, bien qu’observé et piégé le plus couramment dans les milieux humides où ses capacités à « faire ventre » d’un nombre important d’espèces de proies lui conférant une grande compétitivité, il sait parfaitement s’adapter fréquentant aussi bien les milieux relativement ouverts, que les milieux moyennement boisés. Absent des grands massifs forestiers, il en occupe cependant les lisières, les rives des cours d’eau qui les traversent et les abords des habitats humains.
Espèce anthropophile le Putois constitue un réservoir de maladies et de parasites potentiellement dangereux pour l’Homme. Jusqu’à présent cependant il n’a pas été signalé de transmissions, à l’Homme, de maladies ou de parasites liés à sa présence. En outre, il ne semble pas un bon vecteur pour la rage vulpine, qui a par ailleurs fortement régressées en France, suite aux campagnes de vaccination des populations de renards réalisées depuis plusieurs années.
Le Putois interfère parfois de façon négative avec certaines activités humaines (prédation sur gibier d’élevage ou naturel et sur animaux domestiques) et entre ainsi en compétition avec l’Homme. Cette interférence peut-être positive dans la mesure où, fréquemment inféodé à l’habitat rural il est sans doute le carnivore le plus apte à tirer profit de certaines populations de rongeurs, commensaux ou non, contre lesquelles l’Homme est obligé de lutter activement (rats et surmulots par exemple).
Sur un plan pratique, il serait certainement souhaitable d’évaluer aujourd’hui l’évolution des populations par le suivi sur un site jugé représentatif des écosystèmes fréquentés par l’espèce, où l’on s’efforcerait de conserver constante la pression d'observation (même nombre d'observateurs affectés à cette tâche, même nombre de journées/observation/saison, même surface prospectée par type de milieux) afin d’élaborer des statistiques fiables et rigoureuses.
Cela afin de permettre la constitution d’une banque de données, obligatoirement informatisées, afin de juger, avec fondement l’état de santé et l’évolution des populations et d’adapter à l’échelle régionale une législation souvent contraignante et qui semble parfois injustifiée. Car c'est effectivement le manque de données objectives sur les populations de putois qui ont motivé son retrait de la liste des animaux nuisibles, au niveau national.
Par ailleurs, rappelons aussi que le piégeage ne peut pas, d’un point de vue législatif, être assimilé à un acte de chasse. Il ne saurait par conséquent légalement constitué un « loisir » en tant que tel. C’est une action qui doit rester un outil pour la compréhension des dynamiques des populations animales afin de permettre, le cas échéant, et non pas de façon systématique et arbitraire, une régulation des espèces problématiques.
A l’heure où sur la planète, 1100 espèces sont menacées de disparition définitive, la destruction d’espèces, quelles qu’elles soient, doit rester un acte d’exception.

NB : Cet article à été rédigé essentiellement à partir d’éléments tirés de L’Encyclopédie des Carnivores de France éditée par la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères , installée depuis peu à Bourges (Muséum d'Histoire Naturelle) où vous pouvez vous procurer de nombreuses monographies d’espèces à un coût modique.

 

Maurice Sempé

 

 

 

 

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