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Les secrets de la ruche

Par un chaud après-midi du mois d’août, l’exploitation apicole de Manuel Roger s’est peuplée de drôle de bonhommes encapuchonnés de blanc. L’air résonne du bourdonnement des dizaines de ruches destinées à l’élevage de reines. Nous sommes une petite quinzaine à découvrir le métier d’apiculteur récoltant moderne, et les conditions d’élevage d’un insecte hors norme : l’Apis mellifera ou abeille domestique.

mini Bourrache et pollinisateurs c Caroline Lemenicier 1 Sortie ruche

Des chiffres qui donnent un peu le tournis

Manuel Roger compte environ 800 ruches dans son cheptel dispersé en Sologne et en région Centre. Une ruche contient entre 30 et 50 000 individus, et chaque butineuse peut visiter jusqu’à 500 fleurs par jour ! Grâce aux phéromones (signatures odorantes) qu’elle dépose sur les fleurs, les suivantes savent que le nectar et/ ou le pollen de la fleur a déjà été récolté. 

Il faut un petit effort de calcul pour imaginer l’ampleur de la pollinisation effectuée. C’est l’organisation sociale des abeilles qui permet cette efficacité. Chacune a un rôle attribué selon son âge. Au sortir de son alvéole de cire, la jeune abeille nettoie la ruche, puis elle endosse successivement le rôle de nourrice, magasinière, cirière, ventileuse, gardienne et enfin butineuse !

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La ruche à cœur ouvert

Notre groupe se scinde en deux. Pour le premier, direction les ruches afin de découvrir d’un peu plus près l’aspect « élevage » du métier d’apiculteur. Un petit coup de soufflet, et une odeur d’herbes brulées envahit l’air. « Cela réveille un réflexe ancestral des abeilles, lorsque les paysans pratiquaient la culture sur brulis. Prises de panique elles se précipitent à l’intérieur de la ruche pour stocker du miel dans leur jabot en prévision d’une migration forcée ». Occupées ailleurs, nous pouvons alors retirer un à un les cadres qui composent une « hausse ». Les hausses sont les sortes de caissons qui sont empilés au-dessus de la ruche même. Manuel est la recherche de la reine. La voilà ! Elle a un point rouge sur la tête et l’abdomen bien plus développé que ses congénères. Au bout de deux ans, elle est remplacée par une nouvelle reine élevée à part.

Apiculteurs

 « L’abeille est comme une cellule de la ruche » nous explique Manuel Roger, elle ne vit que pour la survie de la colonie et de sa reine. Au printemps, cette dernière est fécondée par un mâle : le faux-bourdon, puis elle pond jusqu’à ce que la population de la ruche double ! On appelle l’ensemble des larves le couvin. Et lorsque la reine cède sa place, elle emmène à sa suite un essaim pour fonder ailleurs une nouvelle colonie. Toute l’habilité de l’apiculteur réside dans la surveillance constante du couvin et de l’état des réserves de pollen, de nectar et de miel. Le pollen super protéiné sert en effet à nourrir les larves. Quant au miel, il est consommé par les abeilles qui volent constamment pour ventiler la ruche et maintenir sa température constante (35°). La principale préoccupation de la colonie est donc de s’approvisionner et de stocker la récolte en prévision des coups durs. Mais les abeilles ne se déplacent que dans un rayon de 5 km maximum autour de la ruche. Si les fleurs viennent à manquer… la ruche est alors en mauvaise posture.

Pendant ce temps le second groupe entre dans la miellerie. Celle-ci est composée d’une chambre chaude où les cadres remplis de miel sont déshydratés (ce qui améliore leur conservation), et de la salle d’extraction. Là, une machine occupe tout l’espace, chaque cadre contient des centaines d’alvéoles de cires qui renferment le précieux liquide. Une lame vient désoperculer les alvéoles. La cire est récupérée, pendant que les cadres poursuivent leur chemin jusqu’à la centrifugeuse. Le miel passe ensuite par deux bacs de décantation ; puis il est filtré et repose dans de grands fûts avant d’être mis en pot. Il va sans dire que seul le miel contenu dans les hausses est récoltés. En fin de saison, elles peuvent peser plus de 30 kilos ! Le miel se mérite à la force des bras.

Machines Travail du miel

 

bidon de miel

La visite se termine par une dégustation de miels « monofloraux » tous plus parfumés les uns que les autres : coriandre, sarrasin, forêt, tilleul, acacia... Mais si le sucre adoucit la langue, il ne peut rien contre l’inquiétude des apiculteurs face à la mortalité de leurs abeilles. Nous abordons le sujet avec Manuel et son associé. Les causes sont multiples mais l’Homme est bien le principal responsable de leur mort.

Avec la mondialisation, les abeilles européennes luttent désormais contre des parasites comme le varoa (un acarien) ou de nouveaux prédateurs comme le frelon asiatique. De plus, le modèle agricole actuel s’attaque à la fois aux sources de nourriture et à la santé de l’abeille. Les néonicotinoïdes (molécules présentes dans certains insecticides) modifient le système nerveux des bourdons et des abeilles. On retrouve leur résidus dans l’eau, le sol, l’air, si fait qu’il est difficile pour un insecte de ne pas y être exposé. Toutefois d’après Manuel Roger, « le plus grave est encore la spécialisation de l’agriculture et la perte dramatique de biodiversité que cela entraine ». En effet, certaines régions se spécialisent dans deux ou trois monocultures. Une fois la floraison terminée, les abeilles n’ont plus de sources de nourriture, le désherbant chimique ayant par ailleurs éradiqué les fleurs sauvages.

70% des plantes se reproduisent grâce à l’intermédiaire d’un pollinisateur. La réduction des pesticides doit s’opérer au plus vite. Chez vous, laissez monter en fleurs certains légumes du potager et ne désherbez pas les herbes folles avant la fin de leur floraison. Epargnez les pissenlits, trèfles et pâquerettes de votre pelouse, ils contiennent plus de nectar que les pétunias et les géraniums de vos jardinières !

 Pissenlit et pollinisateurs c Caroline Lemenicier 7

 

 

 

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